Sorry, you need to enable JavaScript to visit this website.
Partager

Opération CIEDS 2026 : améliorer la sécurité et la sûreté des télécoms, un enjeu de la cyberdéfense

16 avr. 2026
L’affrontement dans le cyberespace est désormais une réalité. Le volume et l’intensité des attaques augmentent exponentiellement, qu’il s’agisse d’obtenir des gains financiers, des vols de données, des manipulations de l’opinion pour déstabiliser les institutions, ou encore la paralysie de systèmes privés et publics, civils ou militaires. Véritable enjeu stratégique, la cyberdéfense s’impose comme un pilier essentiel de la souveraineté nationale. Dans cette optique, il est essentiel que les télécommunications soient sûres, robustes et discrètes, un enjeu au cœur de recherches menées au sein de l’Unité d’Informatique et d’Ingénierie des Systèmes de l’ENSTA (U2IS). La cyberdéfense figure par ailleurs parmi les thématiques fortes d’Opération CIEDS 2026.
Opération CIEDS 2026 : améliorer la sécurité et la sûreté des télécoms, un enjeu de la cyberdéfense
© CIEDS / Jérémy Barande

La cyberdéfense au laboratoire U2IS de l’ENSTA

Au sein de l’U2IS de l’ENSTA, des scientifiques tels que Tarak Arbi, Clément Leroy, Melek Khemir et Emanuele Piantelli encadrés par le professeur Benoît Geller, développent des algorithmes destinés à protéger les liens physiques et électroniques des télécommunications avant que le système d’information ne soit numérisé et sécurisé par des moyens cyber-informatiques traditionnels. Les algorithmes implantés assurent une protection selon différentes approches, explorées dans divers projets subventionnés par l’Agence de l’innovation de défense via le CIEDS.

Entre 2021 et 2025, Benoît Geller conduit le projet CODIT2 avec pour but de renforcer les méthodes traditionnelles de transmission d’informations dans des environnements hostiles, en particulier celles fondées sur une technique appelée étalement de spectre. Cette méthode consiste à occuper une bande de fréquence beaucoup plus large que celle utilisée dans les communications civiles classiques : chaque bit d’information est transformé en une rafale de petits signaux d’information envoyés très vite, ce qui disperse le signal et abaisse sa densité spectrale jusqu’à le rendre indétectable, car noyé sous le niveau du bruit ambiant. Inventée durant la Seconde Guerre mondiale par Hedy Lamarr, une actrice américaine visionnaire, cette approche a longtemps été un pilier des communications militaires et des systèmes comme le GPS. Les récentes avancées en informatique, en intelligence artificielle et en capacités de détection rendent aujourd’hui ces transmissions plus vulnérables. Dans CODIT2, Benoît Geller développe donc des technologies complémentaires à l’étalement de spectre afin d’accroître la résilience des communications et de compliquer considérablement la tâche d’éventuels attaquants cherchant à perturber la réception de signaux étalés.

Présentation de Benoît Geller du projet SEPHYTEL à l’OTAN
Présentation de Benoît Geller du projet SEPHYTEL à l’OTAN

En 2023, un autre projet démarre : le projet SEPHYTEL avec comme objectif de créer de véritables bulles de protection autour des signaux télécom. Plus concrètement, le signal n’est plus émis par une seule antenne, mais par plusieurs antennes simultanément. L’énergie n’est alors pas entièrement consacrée au signal utile. Une partie est volontairement répartie dans un bruit d’interférence contrôlé. Ce bruit est conçu pour ne présenter aucune composante dans la direction du récepteur légitime, garantissant ainsi une réception propre. Il est cependant diffusé dans toutes les autres directions, piégeant les capteurs ou « oreilles indiscrètes » cherchant à intercepter la communication. 

En octobre 2026, un troisième projet, complémentaire aux deux autres, débutera : le projet FORCYBEL. Son but sera de mettre au point une technologie en mesure de résister à une quantité importante d’interférences tout en assurant une transmission discrète. « Des études préliminaires ont permis de démontrer que certaines formes d’ondes résistent mieux aux interférences que d’autres avec des différences de résistances allant d’un facteur 10 à un facteur 20 », commente le scientifique. 

Des travaux aux applications militaires et civiles

Les projets CODIT2 et SEPHYTEL présentent des applications duales, puisqu’ils visent à protéger des signaux déjà utilisés dans les communications civiles comme militaires. La technique de transmission à étalement de spectre étudiée dans le cadre de CODIT2 est encore utilisée dans des systèmes tels que le GPS, certains réseaux Wi‑Fi et d’internet des objets, ou la 3G. « Même si le réseau cellulaire 3G devrait être arrêté d’ici 2028 et que son usage civil, comme celui de la 4G est en forte décroissance devant la 5G, ces réseaux restent encore à ce jour employés dans le domaine militaire », souligne le chercheur.

Avec chiffrement spatial : auto-brouille toutes les zones périphériques
Avec chiffrement spatial : auto-brouille toutes les zones périphériques
Antennes traditionnelles : fuites d’information dans des zones périphériques
Antennes traditionnelles : fuites d’information dans des zones périphériques

SEPHYTEL, de son côté, répond à des besoins exprimés en premier lieu dans le monde civil. Les comités de normalisation du Wi‑Fi travaillent à l’intégration du chiffrement spatial, une approche permettant de rendre visible une information seulement dans une direction et invisible dans toutes les autres. « Les résultats obtenus dans le cadre de ce projet pourront être utilisés dans le domaine militaire pour, par exemple, permettre de rendre indétectable, dans leur environnement immédiat, les communications aériennes entre les troupes au sol, les aéronefs et le centre de commandement, ce qui constitue un enjeu important lors d’opérations », explique le scientifique. SEPHYTEL pourrait ainsi contribuer à la mise en place de « bulles 4G » sécurisées, protégeant les signaux de quatrième génération contre toute tentative d’écoute ou d’extraction non autorisée. 

À l’inverse, le projet FORCYBEL concerne exclusivement le marché militaire. Les études menées pourraient permettre d’améliorer la transmission d’informations sur le terrain. Sur le front ukrainien, dès qu’un opérateur militaire utilise un moyen de télécommunication, il dispose actuellement de moins de trois minutes avant d’être détecté, localisé, puis potentiellement ciblé par une frappe. L’enjeu est donc de protéger le signal, de le rendre discret, résilient aux interférences et difficile à intercepter.

Une double casquette : professeur et réserviste 

Benoît Geller n’est pas seulement professeur au sein de l’U2IS de l’ENSTA. Après un service militaire dans la Marine à Toulon, il a choisi de s’engager en tant qu’officier de réserve. Selon lui, cet engagement a été naturel. Il énonce par ailleurs que « le service militaire agissait comme un creuset commun dans lequel l’identité collective se construisait, ce qui constituait un ciment qui nous manque aujourd’hui dans notre société ».

En tant que réserviste, il a réalisé une mission au sein de la force marine des fusiliers commandos. Cette mission lui a permis de comprendre l’effet du port d’une arme et les façons de s’en protéger. Par la suite, il a servi dans des salons de l’armement tels que le Salon international de l’aéronautique et de l’espace Paris - Le Bourget. Ces divers salons lui ont permis de découvrir des systèmes autonomes en grandeur nature. Il a également pu être réserviste en tant qu’officier de liaison dans différents ports et dans différentes missions internationales à travers l’organisation de convois maritimes dans des zones de conflits similaires au cas du détroit d’Ormuz. Le chercheur a aussi eu le privilège de pouvoir former des militaires aux moyens cyber ou encore à certaines techniques radio. 

Benoît Geller souligne que « même si ces missions n’ont pas toutes de lien direct avec son métier de chercheur, elles demeurent passionnantes et extrêmement enrichissantes ». Le scientifique rappelle que l’armée est une organisation sociale complète qui doit fonctionner de manière autonome et dans laquelle tous les métiers ont un rôle à jouer. Il invite donc toute personne qui souhaite sortir de son quotidien et œuvrer pour une cause noble dans une ambiance fraternelle à s’engager dans la réserve. Commencer par une mission d’une dizaine à une quinzaine de jours par an est possible et permet de découvrir l’institution militaire tout en jonglant entre vie civile et environnement militaire.

À l’Armada de Rouen, réserviste à bord de la frégate multimissions (FREMM) de Normandie
À l’Armada de Rouen, réserviste à bord de la frégate multimissions (FREMM) de Normandie

Cette thématique vous intéresse ?

Participez au séminaire Cyberdéfense d’Opération CIEDS 2026 ! Lors d’Opération CIEDS 2026, l’écosystème de l’Institut Polytechnique de Paris se mobilise pour l’innovation de défense.

Plus d’informations & Inscriptions